Leconte de Lisle, le poète parnassien

Charles Leconte de Lisle (Photo Eug. Pirou)

Comment parler de la famille de Lanux à l’Isle Bourbon sans parler du plus célèbre poète de cette île.

Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur cet ancêtre présent dans toutes les mémoires des insulaires. Nous pouvons retrouver sa biographie dans les pages Wikipédia, à la Bibliothéque Nationale, à l’Académie Française, etc.

Je vais essayer d’aborder des choses moins connues ou moins mises en avant sur notre poète.

Il est né le 22 octobre 1818 au quartier Saint-Paul, certainement à Fleurimont où la famille Leconte de Lisle avait son habitation. La France est en pleine restauration et la Réunion, appelée un temps (très court) Isle Napoléon, est redevenue l’Isle Bourbon.

Sa mère est Anne Suzanne Marguerite Elysée de Lanux, née le 12 février 1800 à Saint-Paul, arrière-petite-fille de Jean Baptiste François de Lanux, premier de Lanux installé à la Réunion.

Son père, Charles Marie Leconte de Lisle né le 13 mars 1794 à Dinan dans les Côtes d’Armor, est un ancien chirurgien de l’armée napoléonienne. En 1816, il quitte la France et s’installe à Saint Paul. Il devient propriétaire terrien (à Fleurimont) et se lance dans la culture de la canne à sucre.

Durant ses 3 premières années, notre futur poète vit tranquillement à Fleurimont avec ses parents et sa petite sœur, Elysée Marie Louise Leconte de Lisle (née en 1821).

En 1822, la famille revient en France et s’installe à Dinan jusqu’en 1929, puis part s’installer à Nantes où Leconte de Lisle sera mis en pension à l’Institution Brieugne.

En 1832, la famille retourne à l’île Bourbon (Nantes,  – Île Bourbon, ), avec escale à l’Île Maurice. Notre poète poursuit ses études jusqu’en 1837. Durant ces 5 années, Leconte de Lisle découvre Les Orientales de Victor Hugo et il publie ses premiers littéraires.

C’est durant cette période qu’il tombera également amoureux (amour platonique) de Marie Elixène de Lanux Naciede, fille d’Anne Henry François Naciede de Lanux. Elle est née en 1821 et elle la cousine de la mère de Leconte de Lisle.

Leconte de Lisle parle d’elle dans son poème “Le Manchy” :

Le Manchy - Saint-Paul
Le Manchy – Lithographie de Roussin
Sous un nuage frais de claire mousseline,
Tous les dimanches au matin,
Tu venais à la ville en manchy de rotin,
Par les rampes de la colline.
La cloche de l’église alertement tintait
Le vent de mer berçait les cannes ;
Comme une grêle d’or, aux pointes des savanes,
Le feu du soleil crépitait.
Le bracelet aux poings, l’anneau sur la cheville,
Et le mouchoir jaune aux chignons,
Deux Telingas portaient, assidus compagnons,
Ton lit aux nattes de Manille.
Ployant leur jarret maigre et nerveux, et chantant,
Souples dans leurs tuniques blanches,
Le bambou sur l’épaule et les mains sur les hanches,
Ils allaient le long de l’Étang.
Le long de la chaussée et des varangues basses
Où les vieux créoles fumaient,
Par les groupes joyeux des Noirs, ils s’animaient
Au bruit des bobres Madécasses.
Dans l’air léger flottait l’odeur des tamarins ;
Sur les houles illuminées,
Au large, les oiseaux, en d’immenses traînées,
Plongeaient dans les brouillards marins
Et tandis que ton pied, sorti de la babouche,
Pendait, rose, au bord du manchy,
À l’ombre des Bois-Noirs touffus et du Letchi
Aux fruits moins pourprés que ta bouche ;
Tandis qu’un papillon, les deux ailes en fleur,
Teinté d’azur et d’écarlate,
Se posait par instants sur ta peau délicate
En y laissant de sa couleur ;
On voyait, au travers du rideau de batiste,
Tes boucles dorer l’oreiller,
Et, sous leurs cils mi-clos, feignant de sommeiller,
Tes beaux yeux de sombre améthyste.
Tu t’en venais ainsi, par ces matins si doux,
De la montagne à la grand’messe,
Dans ta grâce naïve et ta rose jeunesse,
Au pas rythmé de tes Hindous.
Maintenant, dans le sable aride de nos grèves,
Sous les chiendents, au bruit des mers,
Tu reposes parmi les morts qui me sont chers,
Ô charme de mes premiers rêves !
Tombe de Marie Elixène de Lanux au cimetière marin de Saint-Paul (Photo PdL).

En 1837, départ à nouveau pour la France à bord de l’Héloïse. Il part passer son baccalauréat et pour poursuivre ses études de droit. Durant son séjour en métropole, il apprend la mort de Marie Elixène de Lanux à l’âge de 18 ans.  Il abandonne définitivement le droit pour se consacrer à l’écriture et la publication de différentes revues. Cette décision entraine des premiers conflits avec sa famille.

Le 12 juin 1841, il embarque à bord de la Théalaire qui arrive le 3 octobre 1841 à l’Isle Bourbon. Il rejoint sa famille qui s’est installée à Saint-Denis. Les frictions continuent et l’esclavage toujours prégnant dans l’île l’insupporte. En effet, l’esclavage, aboli par la révolution française, a été restaurée par Napoléon et confortée par le retour de la royauté. Il faudra attendre 1848 pour que ce crime contre l’humanité cesse dans les colonies françaises. Son père comme sa famille maternelle sont de grands propriétaires terriens et possèdent plusieurs dizaines d’esclaves.

Ne supportant pas le régime esclavagiste, il se fâche avec son propre père, alors propriétaire de 42 esclaves, et choisit de quitter Bourbon. Il quitte définitivement son île natale le 23 mars 1845 à bord du bateau Anna. Il arrive le 21 juin 1845 à Saint-Nazaire (France).
Dès son arrivée en France, il prend publiquement position contre l’esclavage et devient un militant actif. Avec d’autres Réunionnais, comme le poète Auguste Lacaussade, il lance une campagne contre le système esclavagiste. Ils publient en 1848 “La pétition des jeunes créoles” où ils soutiennent le décret d’abolition définitive.
Sa famille ne le lui pardonnera pas ses positions politiques, et jusqu’à 1894, année de sa mort, il ne rentrera plus dans l’île.

Il se marie le 10 septembre 1857 avec Anne Adélaïde Perray, lingère, avec qui il vit depuis depuis 2 années. Le couple n’aura pas d’enfant.

Toute sa carrière littéraire aura lieu en métropole. Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur le 9 août 170 et promu Officier de la Légion d’Honneur le 12 juillet 1883.

Le 11 février 1886, il est élu à l’Académie Française au fauteuil de Victor Hugo (discours de réception). Il sera le deuxième descendant des de Lanux à accéder à cet honneur. En effet, le 20 avril 1803, Evariste de Forges de Lanux, fils de Marie Geneviève de Lanux était élu à l’Académie Française.

Deux mois après son élection, il reçoit une lettre de sa famille de la Réunion qui le félicite. Cette lettre sera retrouvée dans son portefeuille. Il avait renoué avec sa famille 41 ans après son départ de l’Isle Bourbon.

Extrait de la lettre envoyée par Cécile de Lanux, fille de Henry Frédéric de Lanux, mon ancêtre à la 5ème génération :

« Je ne veux pas être la dernière, mon cher cousin, à vous témoigner toute ma sympathie, la chose eût été déjà faite et m’aurait même coûté, sans cette indifférence dans laquelle on nous a laissé grandir et vieillir pour ceux qui nous sont unis par les liens du sang. Je la déplore et je veux y remédier ; l’occasion se présente, je la saisis, sans me demander si ce n’est pas une témérité. Enfant, je contemplais avec plaisir la photographie de mon cousin « le poète » et je disais à ma chère et regrettée maman : « Pourquoi ne le connaissons-nous pas ? » Vous me trouverez peut-être étrange, mais qu’importe, j’obéis à un sentiment irrésistible ». 11 mai 1886.

Il s’éteint le mardi 17 juillet 1894 à 19h au hameau de Voisins, Louveciennes (Yvelines). Le 21 juillet 1894, il est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris.
En septembre 1977, ses cendres sont transférées dans son île natale, et l’inhumation a lieu le 28 septembre au cimetière marin de Saint-Paul, conformément à son vœu de reposer en terre réunionnaise exprimé dans ses poèmes le Manchy et Si l’Aurore.
Tombe de Leconte de Lisle à Saint-Paul (Photo PdL)

Sources :

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