La succession de l’abbé de Lanux

Jean-Baptiste Louis de Lanux est le second fils de Jean de Lanux, écuyer, et de Magdeleine Philippon. Il est né à Paris, paroisse Saint-Roch, aux environs de 1670-1680. Ses parents habitaient déjà Paris, rue des petits champs. Il est l’oncle de Jean-Baptiste François de Lanux, parti à l’isle Bourbon.

A ce jour, nous n’avons pu savoir où il a effectué son séminaire mais il semble que sa première paroisse fut Toul où nous le retrouvons au début du 18ème siècle chez les cordeliers.

Il était

  • Prêtre de l’Oratoire
  • Docteur en théologie
  • Prédicateur ordinaire du Roy

Il est nommé abbé et chanoine de l’église Cathédrale de Toul,

Le 16 févier 1716, il prononça à l’église cathédrale de Toul, une oraison funèbre “de très haut, très puissant et très auguste prince Louis XIV, Roy de France et de Navarre”.

En 1727, il était toujours à Toul où il reçut en héritage une rente de 75 livres par an durant toute sa vie, de sa belle-sœur, Marguerite Priqué épouse de Henry François de Lanux, son frère.

En novembre 1723, il est nommé abbé de l’abbaye royale Marie de Pornid (Pornic). Il obtint ses bulles le 23 janvier 1724.

En octobre 1731, il est toujours à Toul où il signe un contrat de constitution avec un dénommé Guspy.

En 1734, il écrit de Toul différents courriers concernant l’abbaye de Pornid. Il semble que l’abbé de Lanux gère l’abbaye de très loin avec peu de présence sur place.

Il est décédé le 24 janvier 1751 comme indiqué sur un procès concernant sa succession.

Dans ce document, il est fait mention d’une somme de 100 livres allouée pour frais de retour du R.P. de Lanux, cordelier de Dijon. Son corps fut veillé deux nuits par les cordeliers. Il est à supposer que l’abbé de Lanux est décédé à Dijon où il avait été transporté malade. Son père était inhumé à Dijon le 19 octobre 1709.

Dans son testament, l’abbé de Lanux avait, entre  autre, fait un legs aux chantres de la paroisse de Toul, aux pauvres communautaires jacobins, cordeliers, capucins et religieuses du Saint Sacrement de Toul, aux pauvres des paroisses de Toul. Ce legs fut contesté par la suite par Louis de Querversio dans un procès concernant la succession de l’abbé de Lanux.

A ce jour, son testament n’a pas été retrouvé. Il aurait été déposé chez Me Lingé suivant quittance du 14 février 1751.

A la suite du décès, il y eut un procès concernant la succession. Ce procès commença en 1751 et il se termina 34 ans plus tard. Ce procès s’organisa en deux parties :

La première :

  • entre Messire Jean Olivier Berthou de Querversio, écuyer, grand chantre de l’église de Nantes, vicaire général officinal du diocèse, abbé commanditaire de l’abbaye royale de Marie de Pornid
  • et Louis Pierre Sébastien Marchal de Sainscy, économe séquestre du clergé de France, suite et diligence d’Olivier de Kermasson, écuyer, son préposé à Nantes.

Louis Pierre Sébastien Marchal de Sainscy fut condamné à rembourser les sommes dues dans la succession.

La deuxième :

  • entre Louis Pierre Sébastien Marchal de Sainscy
  • et les héritiers légitimes de Louis de Lanux, ses neveux :
    • Jean Baptiste François de Lanux
    • Marie Marguerite de Lanux, Baronne de Fins
    • Olympe Marie Josèphe de Lanux

Les descendants de ses neveux furent condamnés à payer à Marchal de Sainscy la somme de 13010 livres 4 sols et 6 deniers ( ≈ 240000 €) pour la succession indûment touchée. Cette somme fut complètement réglée en 1785 soit 34 ans après la mort de l’abbé de Lanux.

Petit résumé du procès :

Le premier procès a été demandé au départ par Jean Olivier Berthou de Querversio, à l’encontre de Louis Sébastien Pierre Marchal de Sainscy, économe séquestre du Clergé de France. Ce dernier, en tant qu’Econome a été chargé de la succession de Louis de Lanux. Il présenta les comptes de la succession à Louis de Querversio seulement 14 ans après le décès de Louis de Lanux et parce qu’il y a été forcé par l’arrêt du 6 juillet 1764 « qui lui ordonnait de rendre le compte intégral des meubles et effets trouvés à Toul au décès dudit de Lanux ».

Le 26 mai 1751, il fit établir un inventaire de la succession, mais il s’avère qu’un certain nombre de documents, objets et autres n’avaient pas été inclus dans cet inventaire au profit de M. Marchal de Sainscy. L’Abbé de Querversio réclama le versement des sommes provenant tant du mobilier de la succession que de revenus échus au décédé, sommes dont, tant les héritiers de l’abbé de Lanux que son décideur testamentaire avaient disposé.

Dans le Factum, il est dit page 2 : « Mais à l’égard de la reddition & de l’affirmation du compte, voici le fait . Le sieur Marchal ayant entrepris de concert avec le sieur de Lanux, héritier, de traduire le compte à Toul, la Cour, par arrêt du 6 juillet 1764, le condamna à rendre compte dans un mois à L. de Querversio par la jurisdiction du Présidial de Nantes, sauf audit de Lanux à assister audit compte, si bon lui sembloit… ».

Il est donc clair que M. Marchal de Sainscy, qui avait été nommé par un arrêt du conseil d’Etat du 7 juin 1761 pour remplir seul les fonctions des offices des Economes séquestres, aurait dû présenter les comptes de la succession à Pornic et non à Toul. Son préposé à Toul était le sieur Royer et l’exécuteur testamentaire le sieur Humbert, tous deux à Toul.

D’autre part, les chanoines abbés, lorsqu’ils entraient en possession de leurs abbayes, devaient s’occuper de garder en bon état les biens dont ils étaient responsables et au cas où tout n’aurait pas été fait à leur décès, les frais à engager pour ce faire, devaient être pris sur la succession du chanoine. Ces frais étaient prioritaires sur tous les héritiers et ce malgré un testament, s’il y en eut un, du décédé. Apparemment, l’abbé de Lanux qui devait être malade sur la fin de sa vie, n’avait pas entrepris de travaux concernant Pornic et l’avait laissé à l’abandon ( ainsi que son prédécesseur d’ailleurs). La demande de L. de Querversio était donc justifiée.

Il apparaît que Louis de Lanux était très riche. Il possédait de très belles pièces d’argenterie commandées à un orfèvre de Toul (dans son livre journal, Louis de Lanux justifie en avril et mai 1736 qu’il avait donné au sieur Maillot le jeune, orfèvre, 600 livres d’acompte pour 3 petits plats et 2 assiettes en argent et lui avoir vendu pour plus de 12000 livres d’argenterie), une maison à Paris rue Saint Honoré, deux terres en propriété avec fermes louées dans la paroisse de Véronge en Brie (dont les actes sont annexés à l’inventaire). Il recevait également des revenus de la prébende, revenus qui à la fin de sa vie étaient détenus par le sieur Bonnet, boursier, receveur du chapitre de Toul.

Il semble que sur son testament, il ait légué l’intégralité de ses biens et une partie des biens de l’abbaye de Pornid à ses héritiers alors que la règle est que tous les biens du défunt sont mis en vente par l’abbaye pour son entretien et que le surplus, s’il y a, est versé aux héritiers.

Sources : 

  • Archives Départementales de la Loire-Atlantique
    • Factum et procès devant le Parlement de Rennes
  • Archives Départementales de la Réunion
    • Correspondance de la famille de Lanux de l’isle Bourbon concernant le procès
  • Bibliothéque municipale de Toul
    • Oraison funèbre de Louis XIV
  • Evelyne Couteau qui a collecté une grande partie des documents.

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